Bord,le 02/03-2006
Avant Hier Shanghai, le pilote nous a "garé" le long d'un terminal accroché comme une bernique à une île-caillou, à 120 km en aval de la mégalopole.
Un pont de 32 km la relie à la terre. C'est trop loin, impossible d'aller faire un tour dans cette fabuleuse ville, flâner le long du "bound",descendre Nanjing Street, manger dans ces
petites échoppes foraines des poissons et des mets inconnus.
Pas de regrets car nous devions surveiller de près le chargement.
Dans ce terminal ouvert il y deux mois, comme sorti de l'eau à l'accès à Shanghai, les dockers sont certainement de pauvres paysans qui n'ont jamais vu un container ni un bateau de leur vie. Il
fallait donc surveiller de près la pose des twistlocks qui verouillent entre eux les containers empilés les uns sur les autres sur le pont, surveiller encore la mise en place de leurs barres de
saisissage. En cale cela pose moins de problèmes, les boîtes sont descendues le long de glissières qui les maintiennent aux quatres coins.
Puis nous avons enfin quitté ce no man's land balayé par un vent glacial certainement descendu tout droit du désert de Gobi, à bride abattue comme une horde de Mogols.
Ce matin vers cinq heures, nous avons pris le mouillage devant Ningbo en attente de notre place à quai. Le vent encore était si fort qu' il nous fallait prendre plus de trente degrés de dérive . Ensuite, le mouillage n'a pas tenu,alors: " à virer la"pioche" (l'ancre) pour en reprendre un autre.
Pilotes à bord à 14:00, présentation devant le quai vers 15:00 avec un vent de travers de force 6 qui nous propulsait vers le quai, les remorqueurs nous retenaient et pilote devait viser juste entre deux navires déjà amarrés, à peine vingt mètre devant comme derrière.
Tout s'est bien passé. Ce soir j'ai pu enfin aller déguster en ville quelques produits de la mer dans une micro-cantine pouilleuse au fond d'une impasse sombre et lugubre à peine éclairée de
faibles lampadaires malingres.
La chinoise a découpé l'anguille vivante à même le sol de la rue à grand coups de hachoir. Nous n'avons pas mangé de volaille peut-être mais fi de l'hygiène tout de même et... c'était aussi
délicieux que les petits poulpes dont venions de nous régaler.
Le froid de la nuit d'hiver chinoise brumeuse et poussiéreuse aidant, le Commandant et moi-même avons vite repris un taxi brinquebalant qui s'est faufilé vers le port entre les files de camions chargés de containers comme une noria de géants: La chine exporte dans l'explosion des nombres